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Invitation

photo de l'artiste

Pascale Gindre

La peinture ou le passage à l'âme

« Le chemin
Où s'engager
C'est la faim
Qui le fraye » Charles Juliet.

Des clés, ouvrir

Aussi loin que ma mémoire remonte, j’ai peint.

Avec une sensibilité particulière et originelle à la couleur, à l’encre, à l’épaisseur de la gouache, puis à l’huile.

Une formation ? J’ai marché dans les traces universitaires. Des études de Philosophie, une licence de Langues Etrangères Appliquées. Mais aussi d’autres chemins : des séjours prolongés, à l’étranger, m'ont sensibilisée à d'autres cultures et contextes humains qui ont accompagné et nourri mon parcours de peintre. S'arrêter, sentir, regarder, écouter, c'était çà le voyage. Notamment sur le continent américain arpenté du nord-ouest canadien à l’Argentine. Puis, bien plus tard, j’ai suivi une formation de 3 ans et obtenu le diplôme de graphologue SFDG (Hyperlien : dans la rubrique liens).

Des expériences professionnelles variées (enseignement à l’étranger, la traduction trilingue et un passage dans l’industrie) ont été menées en parallèle avec mon activité de peintre.

Des langues apprises, des hommes que j’ai voulu connaître, comprendre, dans leur histoire, dans leur quotidien, dans leur nature. Et toujours, le trait chemine, affirme, nous relie à nous-même avant d’aller plus loin. Nous croyons dire, tracer, mais c’est le trait qui nous dit. Alors, l’art à la fois frontière et passeur …

Un fil rouge

Des marches d’approche
vers ce qui était important pour moi

Certains regards constructifs portés sur mes toiles ont beaucoup compté. Entre autres, celui de Maricela, artiste et professeur d’art plastique au Mexique où j’ai résidé deux ans; celui de Tardieu, artiste peintre, en Savoie; et d’autres regards, plus ponctuels, mais aussi critiques et objectifs parce qu’ils ont su pressentir ou voir qui j’étais, vers où j’allais. C’est cette visibilité, qui permet au travail d’un artiste d’apporter quelque chose aux autres ; car si l’artiste utilise des outils, il est d’abord, lui-même outil. Il ne peut avancer sans un travail « de » lui-même, et « sur » lui-même, comme on travaille une terre et qu’on apprend à en connaître les caractères spécifiques et le potentiel. Ces relations ont avant tout été l’occasion d’échanges qui m’ont permis d’affiner ma vision de l’art, de me positionner et de m’affranchir de certains principes, d’ouvrir les yeux toujours un peu plus.

Des années de pratique du croquis de nature morte, modèle vivant, paysage en extérieur, de toiles recommencées, recouvertes, ont été nécessaires pour rendre possible mon travail actuel.

Mais l’enjeu de la peinture, pour moi, s’est toujours situé en dehors de l’apprentissage, tout au moins de ce qui était enseigné et attendu dans les écoles d’art occidentales. Acrylique, huile, pastel, le choix des technique relève d’une affinité avec un ressenti suffisamment fort pour laisser une empreinte. Mes impressions profondes , témoins de ma relation avec le monde extérieur, sont à la source de mon inspiration. Quand des situations habituelles, ou plus exceptionnelles, prennent un relief singulier. Reproduire le monde vu ne m’a jamais semblé être le propos juste. Au delà des cursus, des techniques apprises et de l’aspect anecdotique d’un sujet, peindre, a été, et demeure tributaire de mon chemin personnel parcouru en solitaire. Un chemin frayé par la nécessité de puiser, rechercher en soi-même, ses forces vives, unificatrices.

C’est un travail d’élaboration intérieure qui me conduit vers le résultat posé sur la toile. Le geste approche et capte une nature qui, sans sa transcription, m’échapperait. Lorsqu’il parvient à s’exprimer sans entrave, le geste imprime son authenticité, par son caractère à la fois évidé et spontané. La toile est terminée quand quelque chose s’impose à moi, même si je ne sais pas pourquoi, même si le résultat est encore inqualifiable. C’est la sensibilité extrême, qui, parce qu’elle nous menace d’anéantissement, nous permet aussi d’élaborer. Pour voir, il ne faut pas trop vouloir.

Toutes ces voies-voix m'ont conduite des mots aux concepts, des signes aux gestes qui révèlent notre économie profonde, notre monde et notre condition d’êtres humains, toujours en mouvement.

La peinture, reflet de ces mouvements,
S’écarte un temps de la pensée réflexive, systématique,
Pour approcher une logique du sensible

Cette tension entre des pôles extrêmes accueille des toiles aux aspects multiples. Mais ces toiles contiennent pourtant la même énergie, la même intensité. A l’instar des pommes que l’on trouve dans les vieux vergers : aucune n’a exactement le même parfum, ni la même texture bien qu'elles proviennent d'un même arbre, de la même terre .
La peinture invite l’âme à pénétrer un monde dans lequel seule la contemplation et l'intuition donnent accès à une résonance profonde et mystérieuse. Elle dépasse les antagonismes et ramène à leur fonction maïeutique les catégories, trop souvent réduites à des modèles unilatéraux et absolus. Un élément particulier de la toile n’a en soi, que peu d’impact, l'important est le rapport de la lumière, de l'espace, du volume, de la forme.

La peinture, élargissement de soi.

Celui qui regarde ne reste pas extérieur, il est actif, il réagit , et l’on dit qu’il lui donne une valeur. Mais j’ai souvent observé à quel point cette valeur est reçue plutôt que donnée , à quel point le sens qui émerge provient d’une réaction de nature plus profonde, plus viscérale, que volontaire. C’est à son propre jardin émotionnel que le spectateur accorde ainsi de l’attention. D’ailleurs, il lui arrive parfois de re-nommer la toile qu’il acquière, comme pour mieux se l’approprier, pour tracer les contours d’un domaine. L’art révélateur, interface, miroir, mémoire ? Aimer une œuvre, c’est peut-être d’abord, simplement se trouver en accord avec elle. La peinture ne pose pas la question du vrai, à celui qui regarde, mais le renvoie au sens, à la cohérence.

Des expositions personnelles et des participations collectives et évènementielles ont jalonné ce parcours. Mes toiles ont rejoint des collections particulières en France, au Mexique et aux USA.

Ouverture , fil, parfois ténu, des échanges qui me rapprochent de gens aimés, appréciés ou croisés, et d’autres à venir.


Pascale GINDRE ,

Novembre 2008